
Parler du deuil chez nos compagnons à quatre pattes, c’est tout un sujet !
Chacun d'entre nous, ainsi que nos animaux, a déjà perdu un ami cher.
Il est crucial de comprendre le deuil chez nos loulous et matous et d'observer leurs comportements pour mieux les accompagner.
À la fin de cet article, nous aborderons également quelques pistes pour accompagner les humains qui traversent la perte d’un animal de compagnie.

Alors que nous, humains, avons une conscience aiguë de notre mortalité, qu'en est-il des chats et des chiens ?
Le chat, par exemple, semble assez détaché de la mort.
Pour lui, c’est juste une partie du cycle naturel : il rencontre la mort de ses proies sans émotion particulière, sinon la satisfaction d'avoir chassé et mangé.
Lorsqu'un chat découvre un cadavre, qu'il s'agisse d'un autre animal ou d'un humain, il l'explore souvent sans réaction marquée, puis s'en éloigne comme si cela n'avait guère d'importance.
En revanche, lorsqu'il perd un compagnon qu'il a vraiment apprécié, des signes de deuil deviennent visibles.
Ainsi pourrait-on en déduire que, pour nos amis à quatre pattes, l'attachement peut rendre la perte significative.

Le chat, tout comme nous, ressent la perte d'un être cher.
La mort, bien qu'elle ne le touche pas de la même manière que nous, entraîne tout de même une réaction de deuil.
Pour un chat, ce processus est plus simple qu'il ne l'est pour les humains, mais il n'en est pas moins significatif.
Il se traduit par :
Cette réaction émotionnelle pousse le chat à s'adapter en passant par une phase d’inhibition, suivie d'une phase de reconstruction de ses routines habituelles.
Un chat en deuil n'est pas vraiment dans son état normal : il peut devenir craintif, triste, irritable, ou manifester tous ces sentiments à la fois ou successivement.
Enfin, si un chat cesse de manger après la perte d'un compagnon, il peut souffrir de détresse sévère, voire en mourir.

Une fois la phase d'inhibition terminée, on observe chez le chat :
Le chat développe alors de nouvelles relations d'attachement avec un autre être ou avec un objet ou un lieu qui lui semble réconfortant.
IMPORTANT ! Tout comme le chien, le chat réagit également au deuil lorsqu'il perd un lieu de vie auquel il était attaché.


C’est une question légitime, surtout lorsqu’on voit un chien se rendre sur la tombe de son ami humain ou mourir de chagrin.
Malgré ces comportements, il est probable que le chien ne comprend pas vraiment ce qu’est la mort.
Ce qu’il peut saisir, en revanche, c’est qu’un proche est malade ou immobile, donc anormal.
Même pour nous, il est difficile d'accepter qu'un être cher ne reviendra pas.
Un chien qui nous voit partir n’a pas la certitude de notre retour.
Il se fie simplement au fait que, dans le passé, chaque fois que nous sommes partis, nous sommes revenus.
Étant parmi les plus sociables des espèces, nos loulous sont manifestement inquiets dans ces moments difficiles de deuil.

Il serait étonnant que le chien soit dépourvu d'émotions et de sentiments étant donné qu'il partage avec nous le même système hormonal.
D'autres espèces sociales, comme les loups, montrent aussi une tristesse évidente lorsqu'ils perdent leur partenaire.

Une étude scientifique révèle que les chiens ne restent pas indifférents face au décès de leurs congénères.
Ils peuvent montrer une perte d'appétit, une diminution de l'envie de jouer, ou un besoin accru d'attention après la perte d'un compagnon proche.
Des signes de deuil ont déjà été observés chez d'autres espèces, comme les grands singes ou les baleines, mais les preuves chez les chiens étaient jusqu'à présent limitées.

Toutefois, une mère dingo (chien sauvage australien) a été observée transportant son petit mort d'un endroit à un autre.
Et des loups en liberté ont été observés enterrant des louveteaux décédés.
On a déjà remarqué par le passé des signes de deuil chez d'autres espèces, comme les grands singes ou les baleines.

Pour les animaux domestiques, seules des observations anecdotiques existaient, avec le risque d'anthropomorphisme ou d'exagération.
La nouvelle étude, publiée dans la revue Scientific Reports en 2022, a interrogé plus de 426 adultes italiens possédant au moins deux chiens, dont l'un était mort et l'autre resté en vie.
Un changement négatif était noté par 86% des personnes, dont un quart affirmait qu'il avait duré plus de six mois.
Ces nouveaux comportements incluaient :
Le survivant à son compagnon dormait également davantage, devenait plus craintif, mangeait moins et aboyait ou gémissait davantage.
Quant aux chats, une étude récente (2024, Applied Animal Behaviour Science) révèle qu'ilS peuvent manifester des comportements similaires au deuil après la perte d'un compagnon animal au sein du même foyer !

Selon les chercheurs, le deuil était surtout déterminé par la qualité de la relation entre les deux animaux et non par leur durée de vie en commun.
La tristesse de la personne apparaissait également jouer un rôle important, suggérant que le chien pouvait aussi être affecté par l'émotion ressentie par son humain.
"Il s'agit potentiellement d'une question de bien-être ayant été négligée par le passé" a conclu l'étude, selon laquelle une meilleure compréhension des comportements animaux est la clé pour répondre à leurs besoins.
Ainsi la mort d'un être d'attachement peut endeuiller nos amis à quatre pattes.
Qu'en est-il pour nous ?


Perdre son animal favori est une lourde épreuve.
Nous étions attachés à lui comme à un véritable ami qui a partagé une partie de notre vie.
Ce n'est pas tant sa mort qui importe mais ce que l'on perd lorsqu'il meurt qui nous met en détresse.
La tristesse nous envahit, nous submerge parfois et la déprime nous guette.
Or nous sommes inégaux face à cette séparation définitive.
D'après Miguel de Cerventès, "il faut donner du temps au temps".
Toutefois le temps est une notion relative.
Il est vécu différemment selon les personnes.
Pour l'un, faire son deuil durera 3 mois, pour l'autre 1 an, voire plus.
Par ailleurs, certains auront du mal ou seront incapables d'accompagner leur animal chez le vétérinaire pour l'euthanasie.
Je parle en connaissance de cause.
Quand j'ai emmené mon premier chat chez le vétérinaire, j'ai seulement assisté à l'anesthésie.
L'euthanasie m'était insupportable, je suis partie en pleurant !
Je déplore les jugements hâtifs envers ceux qui réagissent comme moi.
Chacun fait comme il peut.
Il est parfois des morts animalières qui résonnent, qui font écho à d'autres pertes, ce qui les rend d'autant plus difficiles.
Si j'avais connu à cette époque funeste Irène Combres et le Docteur vétérinaire Marie Cibot (1), sans doute me serais-je sentie davantage comprise (2).
Je vous recommande vivement d'écouter le podcast Vie de chien sur France Culture, où intervient Irène Combres.

Certaines entreprises accordent à leurs salariés un congé patte-ternité qui permet à ces derniers qui sont endeuillés de disposer d'un temps de repos.


Dans notre société occidentale, la mort reste un sujet tabou, aussi bien pour les humains que pour les animaux.
Pourtant, comme l’a dit Jean d’Ormesson : « Il n’y a rien de plus intéressant que la vie, et la mort fait partie de la vie».
Si nos animaux ne s’interrogent pas sur leur existence, ils éprouvent néanmoins des émotions que nous devons reconnaître, respecter et accompagner avec bienveillance.
(1) Depuis la parution de cet article, le Docteur vétérinaire Marie Cibot a créé Solâme, une entreprise dédiée à l’accompagnement de la fin de vie des animaux de compagnie, en offrant un soutien bienveillant aux familles et des ressources adaptées aux vétérinaires.
À travers des consultations à domicile, des entretiens en visio et des formations, Solâme vise à améliorer la prise en charge des animaux en soins palliatifs et en fin de vie.
Son objectif est d’apporter sérénité et compréhension dans ces moments sensibles, en alliant expertise scientifique et humanité.
(2) Seulement 20 % des personnes ayant perdu un animal de compagnie se sont senties bien accompagnées.
Sources :
Uccheddu, S., Ronconi, L., Albertini, M., Coren, S., Da Graça Pereira, G., De Cataldo, L., Haverbeke, A., Mills, D. S., Pierantoni, L., Riemer, S., Testoni, I., & Pirrone, F., Domestic dogs (Canis familiaris) grieve over the loss of a conspecific, Scientific Reports, 12, Article 1783, Nature Publishing Group, 2022
Millar, B., Can Animals Grieve ? Ergo: An Open Access Journal of Philosophy, 11(17), 442–465, 2024
Christine Malenfant éducateur canin comportementaliste coach animalier
Les animaux parlent mais seulement
à ceux qui savent écouter.
Amour d'animaux vous dit à bientôt !
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