
Mais certains choisissent d’accueillir un chien de Roumanie ou un chien créole, ces compagnons animaux venus de loin dont la photo aperçue sur Instagram ou sur le site d’une association suffit à déclencher un élan irrésistible.
Guidés par l’envie de sauver un chien et d’accueillir le poilu rêvé, beaucoup d’adoptants se tournent vers ces chiens venus d’ailleurs.
Mais derrière ces élans du cœur et les images idéalisées, qui sont vraiment les chiens de Roumanie et les chiens créoles ?
Dans cet article, je vous raconterai leur histoire et celle de quelques chiens que j’ai accompagnés


Le chien créole (ou berger créole) n’est pas une race reconnue mais un type de chien issu de croisements naturels entre chiens errants présents depuis des siècles en Guadeloupe et Martinique.
Il est confié par des associations à des familles d'accueil avant d'être rapatriés pour adoption en métropole après 8 h de vol en soute.
Les chiens de Roumanie, tout comme les chiens créoles, sont souvent issus de la rue ou de refuges surpeuplés.
De nombreux chiens y vivent dans des conditions difficiles, parfois dans des structures qualifiées de «mouroirs ».
Grâce au travail d’associations locales et européennes, certains sont secourus puis rapatriés en France, après un long trajet — parfois 36 heures de transport — avant d’être proposés à l’adoption.
Et parce que chaque histoire est singulière, je vous propose de découvrir plusieurs études de cas qui illustrent la complexité et la richesse des parcours humains et canins.

(Les noms des chiens et des adoptants ont été modifiés pour préserver l’anonymat).
Milan a été trouvé chiot dans un champ en Roumanie, puis adopté à 1 an et 4 mois par Yann, primo‑adoptant vivant à Paris.
Comme beaucoup de chiens adoptés à l’étranger, il découvre soudain un environnement urbain dense, bruyant et imprévisible.
Constats initiaux : signes d’anxiété et difficultés d’adaptation
Rencontré à 1 an et demi, Milan présente :
Pourtant, Milan se montre à l’aise dans une maison avec jardin, apprécie les longues balades et entretient une relation de confiance solide avec son humain.
Enfin, il reste seul de longues heures.
Stéréotypie
Le Dr Joël Dehasse recommande une prise en charge globale, combinant éducation, enrichissement environnemental et, si nécessaire, traitement médicamenteux.

1. Un développement pauvre en stimulations
Un chiot ayant grandi sans stimulations variées peut développer :
2. Le contraste entre milieu rural et ville dense
Le passage d’un environnement calme à une ville comme Paris peut provoquer :
3. Facteurs environnementaux qui compliquent l’adaptation
Malgré les efforts de Yann, plusieurs éléments pèsent sur la situation :
Ces facteurs créent un contexte où les progrès restent possibles mais lents et incertains.

1. Un lien humain–chien précieux
Milan et Yann partagent une relation de confiance profonde.
C’est un socle essentiel dans l’éducation canine, surtout en milieu urbain.
2. Le découragement du gardien : une réalité normale
Yann a enrichi l’environnement de Milan :
Malgré cela, il traverse des périodes de doute — ce qui est parfaitement compréhensible.
3. L’importance d’un soutien vétérinaire
Pour permettre à Milan de retrouver un niveau de confort émotionnel acceptable, une thérapie pharmacologique personnalisée, prescrite par un vétérinaire comportementaliste, devient indispensable.
Elle complète la thérapie comportementale.

4. Mon rôle : accompagner la réflexion, pas décider à la place
Face à la complexité du cas, mon rôle est d’aider Yann à évaluer ce qui sert le mieux le bien‑être de Milan… et le sien.
Deux options coexistent :
➤ Continuer l’accompagnement
Avec un suivi vétérinaire, un environnement ajusté et un travail progressif, même si les résultats restent incertains.
➤ Envisager un replacement réfléchi
Dans un environnement plus adapté :
Ce choix, difficile mais responsable, peut offrir au chien une vie plus sereine.
Milan est un cas qui mérite réflexion de la part de Yann.
En tant que comportementaliste canin à Paris, mon rôle est d’offrir un espace où l’on peut réfléchir, respirer, comprendre… et décider avec sérénité.
Parce que chaque binôme humain–chien mérite un accompagnement sur mesure, respectueux et profondément humain.
Enfin, au cœur de chaque choix, il y a toujours le bien‑être du chien.
Depuis la publication de cet article, Yann a choisi de confier Milan à ses parents, qui vivent en banlieue avec un vieux chien que Milan connaît bien, dans une maison avec jardin, à deux pas d’une forêt.

Contexte d’adoption
Trouvée à 8 mois dans un sac plastique en forêt, Irena a été adoptée à 1 an par Stéphanie, primo‑adoptante parisienne.
Consciente du passé difficile de la chienne, Stéphanie a souhaité être accompagnée deux semaines avant son arrivée, afin de lui offrir les meilleures conditions d’accueil.
Bilan comportemental à l’arrivée
Lors de son installation à Paris, Irena présentait :
Ces signes sont fréquents chez les chiens adoptés à l’étranger, notamment ceux ayant vécu un traumatisme ou un manque de socialisation précoce.

Grâce à un accompagnement respectueux et à des ajustements adaptés, Irena a rapidement évolué :
Son faible intérêt pour le jeu peut s’expliquer par un manque d’apprentissage ou une absence d’habitude — un point courant chez les chiens issus de refuges ou de situations précaires.
(Depuis la publication de cet article, son humaine a découvert qu’Irena avait développé une nouvelle passion : en espionnant discrètement ses congénères, elle a fini par comprendre le concept du jeu… et maintenant, elle est devenue accro à la balle qu’elle rapporte avec la fierté d’une championne olympique !).
Irena illustre parfaitement comment un chien de Roumanie peut s’adapter à la vie parisienne lorsqu’il bénéficie de patience, de respect et d’un accompagnement comportemental cohérent.
Stéphanie a eu la belle initiative de se faire guider avant l’adoption.
Cela lui a permis d’aborder l’arrivée de sa chienne en sachant à peu près ce qui l’attendait.
Et avec un accompagnement bienveillant, même un chien marqué par son histoire peut s’épanouir de tout son cœur.

Zam et moi
Parcours d’adoption
Inaya, une Royal Bourbon qui a erré presque deux ans avant d’être conduite en fourrière, a pu être accueillie en famille d’accueil grâce à l’intervention d’une association.
Adoptée en métropole, la chienne a été rendue à l’association deux ans plus tard, fragilisée mais toujours pleine de douceur.
L’association l’a alors confiée à Dorothée, célibataire à Paris, qui l’a accueillie en famille d’accueil et lui a redonné la sécurité et la tendresse dont elle manquait tant.
Inaya, 4 ans et 3 mois : constats
Le passé d’Inaya reste flou mais plusieurs éléments laissent supposer :
Aujourd’hui, Inaya présente :
Elle est sous traitement médicamenteux mais celui‑ci semble peu efficace.

Inaya semble avoir vécu peu d’expériences variées, ce qui explique :
Pour progresser, elle aurait besoin :
Malgré un intérieur optimisé, la vie en ville ne correspondait pas à ses besoins profonds.
Après trois séances, Stéphanie — déjà très chargée mentalement — n’a plus donné de nouvelles et a probablement restitué Inaya à l’association.
Aucun jugement : certaines situations dépassent les ressources émotionnelles ou matérielles des adoptants.
L’accompagnement comportemental sert aussi à reconnaître ces limites avec bienveillance.
Conclusion
Ce cas illustre bien la difficulté d'adopter un chien au lourd passif.
Certains y arrivent, d'autres pas.
Pour un chien sensible, une assistance comportementale adaptée est la clé d’un vrai mieux‑être et, parfois, un changement d'environnement s'avère indispensable.

Parcours d’adoption
Lors d’un déplacement professionnel en Nouvelle‑Calédonie, Soazig et Ludovic découvrent Aliki, très amaigri, au bord d’une route.
Trop jeune pour voyager, il est confié à un refuge avant d’être rapatrié en métropole à 4 mois.
Plusieurs années plus tard, ses humains me contactent pour un coaching comportemental, notamment autour de la cohabitation avec leur enfant.
Bilan comportemental : Aliki, 4 ans et demi
Aliki présente :
Ces signaux sont fréquents chez les chiens qui peinent à gérer l’excitation, la proximité ou l’imprévisibilité d’un jeune enfant.

Suivi et évolution : apaiser les émotions et sécuriser la cohabitation
Aliki est globalement équilibré et plusieurs ajustements ont permis d’apaiser la situation :
Grâce à ces changements, Aliki a appris à mieux gérer ses émotions et à retrouver un cadre sécurisant.
Enfin, une fois la communication du chien entendue et respectée, la cohabitation s’est apaisée naturellement.
Conclusion
Nous ignorons trop souvent les signaux d’inconfort des chiens — grognements, dents visibles, détournements de tête — alors qu’ils sont des messages précieux.
Après avoir éduqué la famille et Aliki, la cohabitation chien–enfant est devenue plus sereine.

En résumé
Qu’ils viennent de Roumanie, de Nouvelle‑Calédonie ou des Antilles, ces chiens montrent tous qu’avec un accompagnement comportemental adapté, patience et respect, même les parcours les plus fragiles peuvent trouver un nouvel équilibre — en ville comme ailleurs.
Dans l'article suivant, je partagerai des conseils essentiels si vous envisagez, vous aussi, d’adopter un chien de Roumanie ou un chien créole.
Christine Malenfant éducateur canin comportementaliste coach animalier
Les animaux parlent mais seulement
à ceux qui savent écouter.
Amour d'animaux vous dit à bientôt !
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